Escalona : Vie et déclin de la social-démocratie européenne

 

 « On est face à une crise profonde de la social-démocratie qui est menacée dans son unité en tant que famille »lance Fabien Escalona, chercheur et journaliste à Mediapart en ouverture d’une conférence sur l’avenir de la gauche en Europe, une famille qui pourtant a su « persister dans le temps et ce malgré le facteur démographique et un environnement qui n’a plus rien à voir avec l’aube du XXème siècle », tempère l’auteur d’une thèse sur la social-démocratie.

Pour expliquer que la social-démocratie ait pu traverser les époques, un concept clé celui de la « reconversion partisane », qui s’applique aussi aux autres grandes familles de partis européens. Si la social-démocratie à fait mieux que résister lors de la crise des années 1970, Fabien Escalona soulève des doutes depuis l’après crise de 2008.

Et les faits parlent d’eux-mêmes : depuis 2010, aucune branche de la social-démocratie n’est épargnée par ce déclin électoral, voire l’effondrement de certains partis politiques. Cela s’est observé non seulement dans des petits pays comme la Grèce où l’Islande mais aussi en France ou encore au Pays Bas.

 

There is no alternative

 

Alors si les électeurs se détournent de plus en plus de la social-démocratie, une autre famille se développe depuis la crise de la zone euro : ce que Fabien Escalona appelle « la nouvelle gauche radicale », celle de Podemos, de Syriza ou de la France Insoumise

Escalona note une curiosité qui est le cas portugais : c’est en effet le seul Etat de l’UE à être dirigé par une coalition de gauche. Impossible cependant pour lui de considérer cet exemple comme le modèle à suivre pour les partis de gauche radicale. Déjà ce n’est pas le même système électoral qu’en France (une proportionnelle à un tour). Et « si jamais il y avait une nouvelle crise, une nouvelle note des agences de notations, une nouvelle consigne européenne de faire des politiques d’austérité », l’alliance volerait en éclats car il n’y a pas d’unité doctrinale, le Bloco de Esquerda, (le bloc de gauche) est beaucoup plus eurocritiques que le parti socialiste.

Quant à appliquer une politique ambitieuse de gauche, « impossible », affirme Fabien Escalona. Non pas à cause de la conjoncture, mais du cadre européen, qui s’il n’a pas précipité l’évolution néolibérale des sociaux-démocrates, reste biaisé en faveur des politiques néolibérales de marchés, de concurrence, etc. Et c’est dans cet étau que s’est retrouvé piégé Alexis Tsípras souligne Fabien Escalona.

 

Le crépuscule des sociaux démocrates

 

La social-démocratie européenne pourrait selon Fabien Escalona emprunter « un chemin dangereux », vers des positions anti immigration nationaliste au sens excluant du terme, comme celui qu’a emprunté Manuel Valls. La thèse des positions pro immigration comme facteur de la chute des partis ? Fabien Escalona n’y adhère pas du tout. Il prend en exemple la Suède où les sociaux-démocrates ont marché sur les plates-bandes des Démocrates de Suède (parti d’extrème droite). Résultat, une perte de sièges au Riksdag lors des dernières élections.

Enfin, pour en revenir à la France, alors que la gauche est de plus en plus morcelée, des membres historique du PS ayant quitté le navire pour créer de nouveaux mouvements, Escalona voit la tentative d’un « néo-PS comme vouée à l’échec »en raison d’une base sociologique d’électeurs de centre gauche modérée qui s’est considérablement réduite. Quant à Benoît Hamon et Génération.s, pour le journaliste de Médiapart la seule solution serait qu’il « aille reprendre le leadership de la gauche radicale à LFI et Mélenchon ».

 

Jordan Dutrueux, étudiant Master Journalisme (SciencesPo Bordeaux)

 

Pas de commentaires

Poster un commentaire